La période estivale est propice à la lecture et à la réflexion après le mouvement agité de l’année écoulée. À ce titre, aux vues des polémiques aoûtiennes qui se déclenchent, on ne saurait que trop recommander la lecture du dernier ouvrage de Patrick Weil : « Le sens de la République ».

Deux événements – pas si distincts que cela à bien y regarder – nous relient directement à l’ouvrage de l’éminent historien : la polémique autour de l’accueil de Tel-Aviv à Paris-Plages d’une part, et les sorties continues de Nicolas Sarkozy au sujet d’un retour souhaité à l’unique droit du sang en matière d’acquisition de la nationalité.

La polémique actuelle qui entoure l’accueil de « Tel-Aviv sur Seine » à Paris-Plages est symptomatique d’une ambiguïté coupable, depuis trop longtemps entretenue dans notre pays, aussi bien par une Droite par trop « buissonisée » que par une Extrême Gauche abreuvée à l’antisionisme de façade. L’infâme Dieudonné nous a pourtant appris à le lire comme une forme d’antisémitisme déguisé.

Oui, et nous devons le dire avec force, il est possible de critiquer sans réserves le gouvernement israélien pour ses choix politiques et ses actes. Anne Hidalgo a eu raison de le rappeler tout en soulignant que Tel-Aviv était mise à l’honneur justement pour son caractère progressiste qui s’oppose dans bien des domaines au gouvernement de Netanyahu.
De plus, l’ambiguïté caractéristique de certains – critique du gouvernement israélien qui se mélange aux personnes Juives dans leur ensemble – créé un traumatisme sourd auprès de nos compatriotes Français de confession juive. C’est ici que l’ouvrage de Patrick Weil doit nous interpeller. En effet, la France subit un lourd héritage, un inconscient collectif, qu’il est aujourd’hui temps de casser. Si la France sait ce qu’elle doit au Général de Gaulle, elle doit aussi aujourd’hui affirmer sans retenues que ses propos fondateurs de 1967 – qualifiant les Juifs de « peuple d’élite, sûre de lui-même et dominateur » – furent des mots honteux. Ils autorisèrent dans une certaine mesure un antisémitisme déguisé en antisionisme assumé, car ils portaient en eux les germes de la tentation et de la justification antisémite, de par leur inclinaison globalisante et essentialiste.

Et puisque nous devons faire acte de résilience, il est temps pour la France de dire que ce jour-là, le Général de Gaulle a énoncé une ânerie coupable dont notre cohésion nationale paye encore aujourd’hui le prix. Dire aussi qu’aujourd’hui ces propos nous les rejetons, tout en préservant un regard critique sur les autorités politiques israéliennes.

Le second événement estival que l’on peut rattacher à l’ouvrage de Patrick Weil est relatif aux déclarations tapageuses de Nicolas Sarkozy pour la remise en cause du droit du sol, dans la droite ligne de son « mauvais génie » Patrick Buisson, lui-même inspiré par Maurras et Drumont.

Dans son ouvrage, Patrick Weil revient sur les lois de 1993 – scélérates je n’ai pas peur de le dire – exigeant aux jeunes nés en France et issus de l’immigration méditerranéenne et africaine particulièrement visés – soyons clairs – de témoigner de leur volonté de devenir Français, alors qu’ils l’étaient par leur naissance même.

Pour satisfaire aux plus bas instincts de l’électorat frontiste, le Président d’un parti qui prétend représenter les Républicains remet cette vieille antienne de l’extrême droite au goût du jour de la Droite « républicaine ». Une nouvelle fois, le jeune bronzé vivant en banlieue – nécessairement chômeur ou délinquant selon eux – devrait témoigner plus qu’aucun autre de son attachement à la France ; lui qui, toujours selon eux et suivant leur logique, ne serait au final qu’un « Français de papier ».

Il est grand temps d’en appeler aux responsables de tous bords – et notamment de la Droite républicaine – pour refuser ce discours véreux et vicieux, qui ne fait que creuser un peu plus encore les fractures profondes de notre société.

Distinguer à tout jamais le gouvernement israélien des individus de confession juive, et réaffirmer avec force que le droit du sol fait partie des valeurs inaliénables de la France et de sa République, sont les travaux de vacances qui devraient attendre chaque responsable politique.

Si seulement le calme estival pouvait nous permettre de réfléchir collectivement pour prendre un peu de hauteur et retrouver ensemble « le sens de la République ».

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